Histoire

Les grandes étapes de l'histoire du syndicalisme chrétien

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Comment tout a commencé (1850-1918)

Le syndicalisme chrétien naît au XIXe siècle dans la foulée de la révolution industrielle. A cette époque, la machine remplace les outils artisanaux, les usines se multiplient et une nouvelle catégorie sociale voit le jour: les ouvriers. Leurs conditions de travail sont effroyables: journées de travail de plus de 14 heures sur des lieux de travail insalubres et pour des salaires de misère. Le travail des enfants est quasi généralisé. Les familles ouvrières connaissent également des conditions de vie désastreuses. Les problèmes de logement sont énormes. La protection sociale n’existe pas: les ouvriers mis au chômage ou victimes d’un accident de travail doivent se débrouiller seuls. La colère, la révolte, la frustration éclatent parfois, mais les troubles sont durement réprimés. L’action ouvrière échoue généralement faute d’organisation.

C'est dans ce contexte que le mouvement syndical naît dans notre pays vers la moitié du XIXe siècle. Le 4 mars 1857 est créée à Gand la "Broederlijke maatschappij der wevers" (association de tisserands) et un mois plus tard la "Maatschappij der noodlijdende broeders" (fileurs). Ces premiers syndicats adoptent une attitude modérée et se concentrent sur la défense d'intérêts purement professionnels. Ils sont ouverts à tous les ouvriers, quelles que soient leurs convictions politiques ou philosophiques.

Très rapidement, une minorité radicale se rallie aux idées socialistes montantes, qui prônent la lutte des classes pour atteindre l'égalit é et la justice. Ceux qui ne se rallient pas à leurs conceptions vont fonder en décembre 1886, l'"Antisocialistische katoenbewerkersbond" (ligue anti-socialiste des ouvriers du coton). Leur stratégie est la collaboration entre les les classes plutôt que la lutte des classes.

Dans d'autres professions aussi, les ouvriers commencent à s'organiser. La bourgeoisie catholique et la hiérarchie de l'Église voulaient rassembler patrons et travailleurs en une seule association. Naissent ainsi de nombreuses sections professionnelles mixtes au sein de guildes et de cercles ouvriers patronnés par la bourgeoisie. Mais, progressivement, les associations professionnelles mixtes cèdent la place à de véritables syndicats indépendants, regroupant uniquement des ouvriers. Ce processus atteint vers 1900 un point de non-retour. Le mouvement syndical chrétien peut alors véritablement démarrer.

En 1904, sous l'impulsion d'un jeune dominicain, le père Rutten, le Secrétariat général des unions professionnelles chrétiennes est mis en place. De nombreux syndicats voient le jour. Alors qu'en 1904 on compte 115 syndicats chrétiens groupant au total 15.000 membres, en 1914 ils sont au nombre de 1.100 groupant 120.000 membres.

En décembre 1908 naît le "(Vlaams) Verbond der christene beroepsverenigingen". En juin 1909, la Confédération des syndicats chrétiens et libres des provinces wallonnes voit le jour. En juin 1912, on décide de fusionner les deux fédérations régionales en une seule confédération nationale, la Confédération générale des syndicats chrétiens et libres de Belgique / Algemeen christelijk vakverbond. Gustaaf Eylenbosch devient le premier président de la CSC.

Vers une pleine reconnaissance (1918-1944)

La première guerre mondiale a considérablement érodé les effectifs de la CSC. Le mouvement syndical socialiste connaît un énorme succès, la CSC tient bon et va de l'avant. En 1919, elle compte à nouveau 65.000 membres et le nombre d'affiliés ne cessera d'augmenter. Les nombreuses fédérations professionnelles qui existaient avant la guerre, deviennent des centrales professionnelles et leur nombre est ramené à 18 à la fin des années vingt, suite à des fusions. Les anciens syndicats indépendants se transforment en sections professionnelles locales soumises au pouvoir de décision des centrales nationales. Ceci renforce grandement la combativité du mouvement syndical: chaque petite action peut, après sa reconnaissance par les instances, compter sur l'appui de la centrale tout entière. En 1923, la dénomination française devient définitivement "Confédération des syndicats chrétiens". Une étape importante de la politique de centralisation de la CSC est la création, en mars 1926, d'une Caisse centrale de résistance unique, groupant les caisses de grève des différentes centrales.

Pendant la crise économique des années trente, la CSC est acculée à la défensive. Un membre CSC sur trois est au chômage. L'activité de la CSC est de plus en plus accaparée par l'administration du chômage. La légère reprise économique de 1935 permet à la CSC de passer de nouveau à l'offensive. Avec le syndicat socialiste, elle mène avec succès, en juin 1936, la "grève des 500.000". Les travailleurs obtiennent une semaine de congé payé, le principe de la semaine de 40 heures, le salaire minimum garanti et une augmentation des allocations familiales. Autre résultat très important: la CSC est maintenant reconnue comme interlocuteur égal par le syndicat socialiste et par les pouvoirs publics.

La deuxième guerre mondiale provoque une grave crise au sein de la CSC. Avant la guerre, le Bureau avait décidé qu'en cas d'occupation, la CSC cesserait ses activités. Mais lorsque l'occupant allemand impose son Union des travailleurs manuels et intellectuels (UTMI), la discussion sur la participation à ce syndicat unique obligatoire provoque, en novembre 1940, une scission entre partisans et adversaires de cette adhésion. Lorsqu'il apparaît clairement, en août 41, que l'UTMI n'est qu'un instrument de l'occupant, ses partisans au sein de la CSC mettent fin à leur collaboration.

Pendant la guerre, la CSC et le syndicat socialiste discutent avec les représentants des organisations patronales pour aboutir, dès la fin du conflit, en avril 1944, au "Projet d'accord de solidarité sociale", qui contient les lignes de force de la politique sociale et économique de concertation et de collaboration de l'après-guerre.

Prospérité programmée par la concertation (1944-1971)

affiche_histoireEntre 1944 et 1948 se tiennent huit Conférences nationales du travail, centrées essentiellement sur la question des salaires et des prix. En septembre 1948 est approuvée la loi sur l'organisation de l'économie. Elle conduit à la création du Conseil central de l'économie en 1948 et du Conseil national du travail en 1952. En 1950, les premières élections pour les conseils d'entreprise sont organisées en entreprise. Les nouvelles responsabilités qui en découlent ainsi que le doublement de ses effectifs (520.000 membres en 1952), obligent la CSC à développer ses services. Les services d'étude et juridiques sont développés et de nouveaux services sont organisés, notamment pour les travailleurs frontaliers, saisonniers, immigrés et pour les femmes. Pour suivre l'activité des conseils d'entreprise, un service pour les délégués d'entreprise est créé dans toutes les fédérations régionales en 1950. En 1952, les initiatives de formation, éparpillées jusque là, sont centralisées dans un service national de formation et de propagande. En 1947 sont adoptés les nouveaux statuts qui confèrent aux fédérations un statut équivalent à celui des centrales. Il font mention pour la première fois de l'actuel système à deux piliers: le professionnel et l'interprofessionnel.

En mai 1954, la CSC, la FGTB et les patrons signent une déclaration commune sur la productivité. Pour la CSC, la hausse de productivité doit s'accompagner d'une diminution sérieuse de la durée de travail. À la fin de 1954, elle lance une pétition demandant l'instauration de la semaine de travail de cinq journées de 9 heures. Après une série de grèves du samedi menées par la CSC en juillet 1955, les patrons cèdent. Il faudra cependant attendre 10 ans pour que la semaine de cinq jours devienne obligatoire dans tous les secteurs.

Pendant ce temps, le gouvernement socialiste-libéral avait décrété ses premières lois scolaires. L'emploi et les conditions salariales de centaines d'enseignants chrétiens étant en jeu, la CSC se trouve à la pointe de la réaction du monde catholique.

Fin 1960, en raison de la forte hausse des dépenses publiques, le gouvernement élabore un important plan d'économies: la "Loi unique". Celle-ci provoque, surtout en Wallonie, une protestation presque insurectionnelle de la FGTB. La CSC de même que la FGTB flamande n'y participent pas.

Les années soixante sont essentiellement marquées par la concertation structurée entre patrons et syndicats. Entre 1960 et 1976, les accords nationaux interprofessionnels, qu'on a aussi appelés accords de programmation sociale, permettent aux travailleurs d'avoir leur part dans l'accroissement de la prospérité. Ils aboutissent à instaurer et à généraliser la semaine de 40 heures et le revenu mensuel minimum garanti.

De nombreuses conventions collectives prévoient des avantages réservés aux seuls syndiqués, une manière de compenser le fait que les non syndiqués aussi tirent profit de l'action syndicale sans participer aux charges de cette action.

Syndicalisme en temps de crise (1971-...)

Dans les années septante, la CSC met sur pied des comités régionaux pour mieux prendre en compte les problèmes communautaires et les compétences accordées aux Communautés et Régions par la réforme de l'État. Le Comité régional wallon et le "Vlaams regionaal comité" (Comité régional flamand) se mettent en place en 1979. Le Comité régional bruxellois est installé en 1983.

En 1974, mis sous pression par la CSC, le gouvernement entérine par voie de loi la liaison des prestations sociales à l'index.

La crise économique, annoncée par la fin de la liaison du dollar à l'étalon-or (1971) et la crise pétrolière de 73-74, s'approfondit dans les années qui suivent. De 1974 à 1984, le nombre de chômeurs indemnisés passe de 100.000 à 500.000. Au total, plus de 800.000 personnes sont touchées par le sous-emploi et ses conséquences et quelque 25% des affiliés sont en chômage. Afin de rencontrer leurs demandes, la CSC crée en 1981 un service national des travailleurs sans emploi.

La crise ébranle le système de concertation sociale. Entre 1976 et 1986, aucun véritable accord interprofessionnel n'est conclu. Les gouvernements successifs appliquent des plans d'austérité. La CSC plaide pour qu'on épargne autant que possible les groupes à faible revenu.

Les entreprises tentent de restaurer leurs marges bénéficiaires antérieures avec l'introduction massive de nouvelles technologies. Pour accroître la rentabilité, elles exigent des travailleurs une grande flexibilité. Le travail en équipes, le temps partiel sous ses multiples formes et toutes sortes de sous-statuts se développent.

Dans les années 1980, l'avant-garde syndicale traditionnelle des ouvriers de l'industrie est éclipsée par une prise de conscience et une combativité plus grande dans des groupes de travailleurs jusqu'alors moins actifs dans le mouvement syndical: ceux des services publics, de l'enseignement et des secteurs sociaux.

En 1987, un accord interprofessionnel est à nouveau conclu après dix ans d'interruption. À cette époque, la CSC marque ses distances vis-à- vis de la politique gouvernementale. Dans le même temps, les contacts et les démarches communes avec la FGTB s'intensifient.

Au début des années 90, l'activité économique se détériore à nouveau et le gouvernement poursuit sa politique d'assainissement budgétaire. La CSC est d'accord avec les objectifs poursuivis, mais ni avec les moyens ni avec les délais que le gouvernement veut imposer.

À l'automne 1993, la négociation d'un nouveau pacte social échoue. Le gouvernement élabore un plan global qui provoque le plus important mouvement de grève depuis 1960. Face au plan global, la CSC élabore alors son propre projet pour l'avenir, axé sur l'emploi, la sauvegarde de la sécurité sociale et la justice fiscale. Ce plan pour l'avenir reste, à ce jour, le fil conducteur de l'action de la CSC.

La priorité syndicale pour l'emploi est mise en avant lors de négociations avec le patronat et le gouvernement. Elle donne lieu à d'importantes manifestations. Suite à la fermeture brutale de Renault-Vilvorde et à diverses autres restructurations, une "Marche pour l'emploi" est organisée à Bruxelles en mars 1997. Des militants syndicaux d'autres pays prennent également part à cette marche.

La "Marche pour l’emploi" est suivie de plusieurs manifestations européennes où la CSC fait figure de précurseur. Elle est le moteur de l’initiative de Doorn qui vise à améliorer l’échange d’informations entre les syndicats belges, néerlandais, allemands, français et luxembourgeois et à harmoniser les stratégies syndicales afin d’éviter le dumping social entre les différents pays. Appuyée par les autres syndicats belges, la CSC est en tête de l’opposition contre la directive Bolkestein (directive sur les services). La CSC saisit la directive européenne relative à l’information et à la consultation des travailleurs pour obtenir une représentation syndicale dans les petites et moyennes entreprises belges (2008).

Au niveau international, la CSC a été un des moteurs de la création de la Confédération syndicale internationale (CSI), une nouvelle organisation fondée en 2006 par les anciennes coupoles syndicales CMT et CISL.

En octobre 2004 a également été lancé le débat tripartite (avec le gouvernement et les autres partenaires sociaux) sur la fin de carrière. Dès le début des négociations, la FGTB a annoncé une grève. Cette grève a marqué le début d’une période agitée où la CSC a adopté une position constructive ("d’abord négocier, puis agir") et a réussi à corriger considérablement les propositions gouvernementales par le biais de la concertation. Le "Pacte de solidarité entre les générations" a néanmoins été rejeté par la base de la CSC. Le 28 octobre 2005, la CSC et la FGBT ont organisé une manifestation accompagnée de grèves mobilisant 100.000 personnes.

"Est-ce encore normal d’être social?" C’est par cette question brûlante qu’ont débuté les travaux préparatoires du 33e congrès statutaire mi-2005. La CSC a opté pour "La solidarité, c’est capital!" (octobre 2006).

 

Les présidents de la CSC

Gustaaf Eylenbosch 1912-1914
Hendrik Heyman 1914-1919
René Debruyne 1919-1921
Evarist Van Quaquebeke 1921-1923
René Debruyne 1923-1932
Henri Pauwels 1932-1946
August Cool 1946-1968
Joseph Houthuys 1969-1987
Willy Peirens 1987-1999
Luc Cortebeeck 1999-

 

Les secrétaires généraux de la CSC

Père Rutten 1912-1919
Evarist Van Quaquebeke 1919-1921
Henri Pauwels 1921-1932
August Cool 1932-1946
Louis Dereau 1946-1972
Robert D'Hondt 1972-1991
Josly Piette 1991-2005

Claude Rolin

Marie-Hélène Ska

2006-2014

2014-

 

Chronologie des congrès de la CSC et leurs thèmes

14e congrès 1945 Ere nouvelle: le syndicalisme chrétien, programme de la période à venir
15e congrès 1947 Cogestion. Politique familiale
16e congrès 1949 La politique salariale syndicale
17e congrès 1951 Le mouvement syndical chrétien: exister et progresser. Problèmes syndicaux des jeunes
18e congrès 1953 L'activité syndicale et l'actualité
congrès restreint 1955 Contre la politique du gouvernement Van Acker. Pour la semaine des 5 jours
19e congrès 1955 Plein emploi - un programme d'industrialisation. Révision du régime d'allocations familiales
20e congrès 1958 Problèmes d'actualité: salaires, appointements, productivité, conseil d'entreprise, comité de sécurité et d'hygiène, plein emploi
congrès extraordinaire 1960 Le salaire hebdomadaire garanti
21e congrès 1960 Solidarité et syndicalisme
22e congrès 1962 Le problème des relations collectives de travail en Belgique
23e congrès 1964 Entreprise et syndicalisme
congrès ordinaire 1966 La femme dans le mouvement syndical. La politique économique et sociale
congrès ordinaire 1967 Plein emploi et fermeture d'entreprises
24e congrès 1968 La CSC responsable de l'avenir (doctrine)
congrès ordinaire 1969 Les pensions des travailleurs. La mère dans la politique familiale
congrès ordinaire 1971 Politique familiale. Démocratisation de l'entreprise
25e congrès 1972 La sécurité sociale
congrès ordinaire 1973 Emploi. Régionalisation. Sécurité sociale
congrès extraordinaire 1974 La CSC et la participation des travailleurs à la vie de l'entreprise: du conseil d'entreprise au conseil des travailleurs
26e congrès 1975 Pour une répartition équitable des revenus
congrès extraordinaire 1976 L'emploi
27e congrès 1980 Le programme économique de la CSC. Une économie au service de l'homme et de la société
congrès extraordinaire 1981 Pour l'emploi. En faveur des plus défavorisés. Pour la clarté et la justice
congrès extraordinaire 1983 Orientations et stratégies face aux nouvelles technologies
28e congrès 1985 Syndicalisme: démocratie et solidarité
congrès d'évaluation 1987 Syndicalisme: démocratie et solidarité. Continuer à construire ensemble
29e congrès 1990 Un syndicat pour l'avenir
30e congrès 1994 Un syndicat de valeur(s)
31e congrès 1998 Syndicalisme de base, base du syndicalisme
32e congrès 2002 Le juste revenu
33e congrès 2006 La solidarité, c'est capital
34e congrès 2010 Construisons demain
35e congrès 2015 De vive voix


Pour plus d'info

Pour plus d'information concernant l'histoire de la CSC, nous vous renvoyons aux ouvrages suivants:

  • "Le mouvement ouvrier chrétien en Belgique. 1891-1991", E. Gerard, Etudes KADOC, presse universitaire, Leuven, 1991, 2 parties

  • "100 ans de syndicalisme (1886-1986)", CSC en collaboration avec KADOC-Leuven, 1986